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Première publication du texte de la présente page sur www.eautarcie.com : 2003

Adaptation du texte original et première publication de la présente page sur www.eautarcie.org : 2009-10-13

Mise à jour : 2017-08-21


Compostage des déjections humaines

« Ainsi le sage a-t-il dit:
Accepter toutes les immondices du royaume,
C'est être le seigneur du sol et des céréales.
 »
Lao-Tseu, Tao-Tö king, 78e chapitre

Le compostage correct est la technique incontournable pour le maintien durable de la production agricole. Vu l'augmentation de la population mondiale, la généralisation ou la marginalisation de cette technique conditionnera notre survie sur cette planète. La valorisation agricole des déjections humaines fera partie des techniques de l'avenir. Au vu de la dégradation des terres agricoles, nos enfants nous accuseront d'insouciance coupable d'avoir tardé à reconnaître le caractère insoutenable de l'épuration des eaux-vannes. Le W.-C. à chasse et son complément logique: le système de « tout à l'égout », a fait son temps. Pour une gestion durable de notre environnement, il faut tourner la page et s'orienter vers des techniques de prévention des problèmes à la source.

Ceux qui ont adopté la toilette à litière biomaîtrisée (TLB) sont à la pointe du progrès vers un monde durable. Étant donné que les techniciens de l'eau et les décideurs politiques refusent d'envisager le ramassage sélectif et le compostage collectif des déjections humaines, c'est l'individu qui doit prendre en charge ce problème. Heureusement, le compostage n'est pas interdit dans les jardins privés. En dépit du fait qu'il est scientifiquement incorrect de séparer le compost de sa biotope-mère le sol, en France le compostage des effluents des toilettes ne peut se faire que séparé de celui-ci. Ceux qui compostent déjà les déchets de leur jardin et/ou les déchets de la cuisine, n'auront pas de problème d'adaptation. Le compostage des effluents de la TLB n'ajoute que peu à leur travail. Les autres doivent apprendre les rudiments de cette technique qui, selon certains, relève presque de l'art. Nous n'avons pas la prétention de nous substituer aux excellents ouvrages disponibles sur le sujet, notamment à la librairie de l'association Nature & Progrès [1]. Nous nous contenterons de donner quelques indications surtout en ce qui concerne la spécificité du compostage des déjections.

[1]
Pour la vente par correspondance, s'adresser à Carole Bovy, tél.: 0032.81.32.30.51 ;
Courriel: natpro.librairie@skynet.be

Les règles élémentaires d'un bon compostage

Le but du compostage est d'introduire la biomasse végétale et animale dans le processus de formation de l'humus. Ce dernier est « l'or brun de la terre ». Sans humus, nous avançons à grand pas vers la disparition des terres arables et la désertification. Ceci entraînera par voie de conséquence des changements climatiques et provoquera des pénuries d'eau de plus en plus graves. L'inverse de cette affirmation est heureusement vrai [2]: la restitution de la teneur en humus régénère les terres, modifie le climat et rétablit le régime hydrique d'un terroir. Les problèmes d'eau se résolvent sans autre intervention. Il faut savoir que l'humus est capable de fixer 50 fois son poids d'eau. En présence d'humus, la terre sablonneuse commence à tenir, tandis que le sol argileux et compact devient friable [3].

[2]
Pour autant qu'on s'y prenne à temps. Lorsque la terre a disparu par érosion, la régénération devient vraiment problématique.
[3]
Pour comprendre pleinement la liaison intime entre l'humus et la vie des hommes, lire le livre d'André Birre, L'humus, richesse et santé de la terre. Ed. La Maison Rustique. (disponible à la librairie de Nature & Progrès) A la lecture de ce livre, on comprendra qu'en dernière analyse l'histoire de l'humanité est une histoire d'humus. Là où l'humus disparaît, les hommes doivent partir. La migration des peuples et la plupart des guerres sanglantes trouvent leur origine dans l'épuisement des sols. Le sort d'une civilisation se joue à long terme sur la teneur en humus de la terre qui nourrit les hommes.

L'humus est une matière organique composée de grosses molécules (acides humiques) dont les éléments [4] sont présents dans la biomasse végétale et animale. La biomasse végétale fournit le « squelette » carboné, tandis que la biomasse animale apporte les « morceaux » protéiques contenant de l'azote et du phosphore. Le tout est « assaisonné » avec des sels minéraux. Le sol, avec ses particules d'argile, de calcaire et de sable apporte le support sur lequel se fixent, après synthèse, les molécules d'acides humiques formant ce qu'on appelle des « complexes argilo-humiques ». C'est la phase ultime de la fixation de l'humus qu'on dit alors « stabilisé ».

Lire à ce sujet le paragraphe intitulé L'importance de l'humus au chapitre consacré à la gestion durable du sol.

[4]
Le mot « élément » ne signifie pas ici élément chimique se trouvant dans le tableau de Mendeleïev, mais de séquences de macromolécules avec un squelette carboné très grand à l'échelle moléculaire. La cellulose végétale (qui se trouve dans la litière) constitue ainsi le support pour la synthèse des acides humiques. Sans ce support, les grosses molécules azotées contenues dans les déjections se décomposent en dioxyde de carbone (surtout en milieu aérobie) en méthane (en milieu anaérobie) et en eau. Leur élément azoté donnera des ions d'ammonium, de nitrites et de nitrates. C'est la raison pour laquelle, dès qu'on rejette les déjections dans l'eau, il n'y a plus de formation d'humus, mais la minéralisation de l'azote qui devient une pollution pour les eaux. L'épuration des composés organiques azotés est une atteinte grave à la biosphère.

La première règle d'or – le contact avec le sol

La première règle d'or découle de ces constats: Le compostage se fait en contact direct et intime avec la terre. Le processus biologique d'une très grande complexité a lieu grâce à la faune microscopique et macroscopique qui vit naturellement dans le sol. Le cycle de vie de ces organismes comporte des passages dans le sol et aussi dans le compost qui se trouve au-dessus. Il y a donc un échange continuel entre les deux. Le compostage sur une aire bétonnée ou dans un bac de plastique prive le compost de ces échanges indispensables [5].

[5]
Donc pas de bac de compostage svp. De plus, le compost n'est jamais couvert d'une feuille de plastique et ne se fait pas dans un trou. Ces techniques privent le compost de la faune aérobie du sol et de l'air. La matière organique mise dans ces conditions pourrit, en dégageant des odeurs désagréables, au lieu de se transformer en humus.

La seconde règle d'or – le rapport C/N

Il faut trouver un équilibre juste entre la composante végétale et animale. Au point de vue scientifique, il faut que le rapport carbone/azote (C/N) au départ du compostage soit d'environ 40 à 60. Au cours du compostage, ce rapport descend et se stabilise à environ 14. Tout un chacun n'a pas la possibilité de mesurer le C/N, mais cela n'est pas indispensable. Quand on a acquis l'art du compostage, on « sent » ce que les scientifiques mesurent avec leurs instruments.

Lorsque le compost contient trop peu de matière animale, le processus devient lent. La décomposition des feuilles mortes, sans adjonction de déjections peut mettre deux ans. Les tiges des plantes restent intactes et le compost a tendance à se dessécher. En présence d'un excès de déjections ou de fumier, le compost sent mauvais. Lorsqu'on le retourne, même après plusieurs mois, il dégage une odeur d'ammoniac. Il a tendance à devenir compact et humide. Ce n'est plus du compostage, mais de la pourriture. C'est ce qui se fait souvent, lorsqu'on tente de composter des déchets de cuisine dans un bac en plastique.

La troisième règle d'or – le taux d’humidité

Il faut équilibrer le degré d'humidité du compost. Le bon compost n'est ni trop humide, ni trop sec. Lors de la constitution du tas de compost, il est relativement simple de vérifier le degré d'humidité. En retirant son pied placé sur le compost, si la chaussure ou la botte fait un bruit de succion ou colle à la semelle, la matière à composter est trop humide. Un compost trop humide se tasse et devient compact. C'est la pourriture assurée. Par contre, la présence des cloportes en grand nombre indique que la matière à composter est trop sèche.

A un compost trop humide, on ajoutera de la paille, des végétaux à tiges ou même des brindilles. Ceci permet également l'accès de l'air. Il ne faut pas oublier que le compostage est un processus principalement aérobie.

Lorsque le compost est trop sec, vérifier s'il n'y a pas trop peu de composante animale, généralement très humide. Un excès de brindilles (tonte de haie, bois de taille) rend le compost trop sec. Généralement, l'adjonction des effluents de la TLB rétablit rapidement la situation. On a également ce phénomène lorsqu'on utilise trop de copeaux dans la toilette. Lors de la constitution du tas de compost, dans des rares cas où la matière est trop sèche, on peut l'arroser, sans la noyer [6].

[6]
Il ne s'agit pas ici de la description de la méthode de Jean Pain. Le compostage de broussaille est une autre technique intéressante pour la régénération des écosystèmes gravement dégradés. Lire à ce sujet le livre de Jean Pain Un autre jardin, édité par l'auteur. Renseignements: Comité Jean Pain asbl, Hof ter Winkelen, B-1840 LONDERZEEL, Belgique. Lire aussi le livre de Frédérik Vandenbrande Sous l'arbre de vie. Edité par le Comité Jean Pain.

La quatrième règle d'or – le temps de maturation

Le temps de compostage a aussi toute son importance. Le temps minimum nécessaire pour permettre aux micro-organismes et à la pédofaune de faire leur travail dépend des conditions locales, dont la température moyenne ambiante. On adaptera aussi le rythme d'utilisation du compost aux rythmes naturels du terroir. [7]

Dans les zones tempérées de la planète où les quatre saisons classiques (printemps, été, automne et hiver) régulent la vie, le compostage s'inscrit dans les cycles annuels du jardinage. Le compostage correct de matières végétales et animales bien équilibrées et contenant des déjections requiert une période de maturation d’au moins un an avant que le compost ne soit véritablement prêt à utiliser. Considérant qu’au terme de la première étape de compostage (soit 12 mois après avoir démarré le carré à compost), l’ensemble du contenu du carré à compost n’aura pas atteint sa pleine maturation (du fait de l’addition continue de nouvelles matières à composter tout au long de l’année), le compostage doit se poursuivre quelques mois. Pour cette raison, et tel qu’expliqué plus loin (idées reçues), nous préférons un cycle de compostage sur 2 ans.

Dans les zones où l’hiver est plus rigoureux, le compostage se fait plus lentement, sur une période d’au moins 2 ans. Cependant, à l’instar des zones tempérées, nous préférons un cycle de compostage plus long, dans ce cas sur 3 ans. Voir à ce sujet le paragraphe sur le compostage en hiver.

À l’opposé, dans les zones de climat tropical où la vie est principalement régulée par deux saisons (saison des pluies, saison sèche), le compostage se fait plus rapidement qu'en zone tempérée. Après 3 à 4 mois, on peut déjà vider le carré à compost pour entamer la seconde étape du compostage : on peut donc estimer que le compost aura atteint sa maturité en moins d’un an.

[7]
Il est certain qu'il y a toujours moyen d'accélérer le processus, par l'usage d'activateurs ou par le compostage sous serre par exemple. Or rien ne sert de se dépêcher. Vouloir faire du compost avec des activateurs, c'est faire preuve d'un manque de sagesse. Avec une gestion correcte du système de compostage chaque année, on disposera du compost pour fertiliser son jardin. Méfions-nous de trop bousculer les processus naturels, au risque de provoquer des ressacs imprévisibles. (La situation est différente dans le cas du compostage collectif où le temps du processus détermine la superficie à immobiliser. Ici, on peut envisager l'usage des activateurs ou même le compostage sous serre.)

La préparation de la litière pour le système de la TLB

Une des meilleures litières est préparée au départ de tous les déchets de son jardin: feuilles mortes, bois d’élagage, tiges de plantes ligneuses (le tournesol, le poivron, le lavandin, etc.), tonte de gazon séché, taille de haie, taille des arbres fruitiers, plantes arrachées, etc. Pour la facilité d'usage, on utilisera une déchiqueteuse à feuilles ou un broyeur à végétaux. Il est préférable de prévoir un endroit abrité pour stocker la la litière, surtout quand on la fait soi-même, et ce autant au jardin que près de la TLB.

À propos du broyeur, il faut être attentif à la qualité lors de l'achat d'un tel appareil. L'achat des broyeurs de faible puissance (moins de 2200 W) est à déconseiller. Leur débit est lent et les bourrages sont très fréquents. On passe plus de temps à les démonter et à les débloquer qu'à broyer [8]. Par ailleurs, sans contester l’utilité de ces engins, soulignons qu’ils consomment une quantité non négligeable d'énergie électrique ou de carburant liquide. Alternativement, nous avons observé que les feuilles mortes et les plantes arrachées, après quelques mois de stockage dans un endroit sec, finissent par tomber en petits morceaux, presque spontanément, fournissant une excellente litière, sans énergie électrique ou de pétrole.

Certains utilisent la paille de papier qui sort d'un destructeur de documents. C'est une litière d'excellente qualité, bien que ce papier puisse aussi servir à la fabrication du papier recyclé. D’autres utilisent des cartons d'emballage. Après humidification, cette litière se déchiquète facilement en petits morceaux. C'est une excellente litière qui se composte très bien. Dans les deux cas, les colorants d'encre d'imprimerie se décomposent intégralement dans le compostage, sans laisser de résidus. Les encres d’imprimerie ne contiennent plus de plomb. Il faut cependant veiller à enlever les parties en matières plastiques (bandes adhésives, étiquettes) et les parties métalliques (agrafes). Les essuie-tout et serviettes en papier usagers (essuie-tout de cuisine, serviettes de table, mouchoirs en papier) déchiquetés entrent également dans la litière.

Pour ceux qui n’ont pas le temps de préparer la litière, on peut se procurer des copeaux et de la sciure de bois auprès d'un atelier de menuiserie. L'inconvénient de ce type de litière est la poussière qu’elle contient du fait qu’elle provient habituellement de bois séché. Afin d'éviter la poussière, on peut humidifier la litière avant utilisation, ou se procurer de la sciure de bois «vert» auprès d’une usine de bois de sciage.

On peut également se procurer dans le commerce de la litière végétale pour animaux. On peut même utiliser la litière à chat, à condition qu’elle soit compostable.

Enfin, certains mélangent des plantes médicinales odorantes dans leur litière pour parfumer la pièce.

[8]
Lire à ce sujet l'article paru dans Les Quatre saisons du jardinage, nov-déc 2005, n°155, pages 39 à 42.

Les matières qui ne conviennent pas pour la litière

La terre et les matières minérales

Rappelons d’abord que les micro-organismes qui jouent un rôle essentiel dans le processus de compostage se nourrissent de matière organique, non pas de minéraux à l’état pur. La terre ne contient pas ou contient trop peu de matières organiques pour supporter le compostage. En trop grande quantité, l’ajout de terre viendra inhiber l’action des micro-organismes. Ceci s’applique également aux matières minérales pures, comme le sable ou, par exemple, les litières minérales pour chats à base d’argile ou de silice.

Par ailleurs, le rapport carbone/azote de nos déjections est trop faible pour la formation de l'humus. De ce fait, lorsque mélangé avec de la terre, une bonne partie de l'azote organique de nos déjections serait perdue par minéralisation spontanée (transformation en nitrates, en nitrites et en ammonium), faute de carbone.

Les cendres ou la chaux

Les cendres et la chaux sont elles aussi des substances minérales dont les bactéries ne se nourrissent pas. De surcroit, leur caractère fortement basique inhibe l'action des micro-organismes pour la transformation de la matière organique en humus. Même si l’on peut tolérer l’ajout de petites quantités de cendres sur un tas de compost mature, il ne faut certainement pas ajouter des cendres ou de la chaux dans la toilette (ni sur un tas de compost en maturation).

Les vieux paysans disent toujours: « la chaux enrichit le père et ruine le fils ». La chaux et la potasse (une des composantes des cendres) accélèrent la décomposition (combustion) spontanée de l'humus dans le sol, en libérant rapidement l'azote et le phosphore organiques. Il en résulte une forte augmentation des rendements au détriment des réserves humiques du sol. Le chaulage du compost mature, préconisé par certains spécialistes en agriculture, interrompt le processus de régénération des sols. Un compost chaulé se comporte comme un engrais chimique.

La tourbe

Bien que le rapport carbone/azote puisse être ajusté avec de la tourbe, il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'un produit non renouvelable. De plus, on observe que la tourbe, probablement à cause de son caractère acide, maîtrise moins bien les odeurs que la matière végétale sèche [9].

[9]
Lorsqu'on a approfondi les travaux de Rudolph Steiner, on peut parfaitement comprendre les raisons profondes du caractère inadéquat de la tourbe pour ajuster le rapport carbone/azote des déjections. Au lieu de rejeter ses travaux sans examen approfondi, les scientifiques auraient intérêt à les étudier. Ils y trouveraient des pistes pour des recherches fécondes.

Les copeaux et la sciure provenant de bois exotiques

Selon notre expérience, les copeaux et la sciure provenant de bois tropicaux exotiques peuvent générer des mauvaises odeurs et provoquer des allergies lorsqu’utilisées comme litière dans la TLB. On peut cependant s’en servir dans le carré à compost sans problème.

Les feuilles et aiguilles de conifères

On observe que les feuilles et aiguilles de conifères se compostent difficilement dans le carré à compost lorsqu’utilisées seules, probablement à cause de leur caractère acide. Il est souhaitable de les mélanger avec d’autres matières organiques afin d’équilibrer la litière. Comme les aiguilles sont couvertes d’une couche cireuse, nommée cuticule, qui inhibe leur capacité d’absorbtion, il est préférable de ne pas s’en servir dans la TLB où elles contrôlent alors moins bien les odeurs.

Le compostage classique

Selon la technique de Joseph Országh, le compostage des déjections se fait en deux étapes.

Première étape – le carré à compost

Pour commencer, on aménagera dans un coin du jardin – pas trop loin de l'habitation – un carré à compost – d'un air d'une superficie d'environ 1 m² par personne que l'on peut clôturer à l'aide d'un treillis de poule (un treillis métallique qu'on utilise pour clôturer des basses cours). On veillera à laisser un passage suffisamment large pour une brouette. Avant de commencer à y déposer les matériaux, le sol du carré à compost est bêché et ratissé. Il est préférable d'installer le carré à l'ombre légère. Pour ombrager, les sureaux et les noisetiers conviennent parfaitement.

Dans le carré à compost, on déposera, tout au long de l'année, tout ce qui doit être composté: déchets de jardin, déchets de cuisine, effluents de la toilette à litière.

Pour commencer, le carré à compost vide est bêché et ratissé pour recevoir les nouveaux matériaux à composter. S'il y a une prédominance des effluents de TLB, on y placera au départ une couche de 20 à 30 cm de paille.

Après chaque déversement du contenu du seau de la TLB, on veillera à couvrir avec un peu de tonte d'herbe, de paille, de mauvaises herbes arrachées, de feuilles mortes [10], etc. (En début de saison froide, on en mettra plus épais pour conserver la chaleur propice à l'activité bactérienne dans le compost.) Le seau est alors rincé et remis en service.

[10]
Joseph Orságh utilise les feuilles mortes et le bois de taille des arbres fruitiers et de la haie pour fabriquer sa litière à l'aide d'un broyeur à végétaux. Après broyage, il faut sécher la matière. Cette litière maîtrise mieux les odeurs que les copeaux de bois. La litière peut être stockée dans une serre, une grange ou un abri de jardin.

Au bout d'environ un an, le carré à compost est rempli. On procède alors, de préférence en automne ou au début de l'hiver, à la constitution du tas de compost (après quoi le carré à compost pourra être exploité pour un nouveau cycle de compostage de première étape).

Seconde étape – l'édification du tas de compost

Le contenu du carré à compost est donc vidé, pour en construire un tas sur un emplacement préalablement bêché et ratissé. Le contenu est entassé couche par couche pour faire un tas en forme de toit. Il aura environ 1,3 m de large à la base et une hauteur de 1 à 1,2 m. Sa longueur sera déterminée par la quantité de matière à composter. Le tas destiné à la maturation du compost peut aussi se réaliser dans un bac grillagé, selon l’exemple proposé sur le site Ec-Eau-Logis.

On disposera dans le fond les matières les plus fraîches. Afin d'y assurer une bonne aération, il est même intéressant de commencer par faire un lit de brindilles ou de paille. L'édification commencera avec les matériaux les moins décomposés, déversés récemment dans le carré à compost. On terminera avec les matériaux plus anciens et plus compacts. Option facultative: après chaque couche, on saupoudre de basalte, de litothame et un peu   de cendres de bois, mais pas de la chaux. Si le compost est utilisé pour produire des asperges, y mettre un peu de plâtre déjà gâché, réduit en poudre. Pour cela, on peut récupérer du plâtre lors de la démolition ou de la transformation d'un bâtiment.

On termine le travail en couvrant le tas d'une couche de 20 cm de paille. On déposera sur la paille quelques branches afin d'empêcher la dispersion de la paille par les oiseaux qui ne tarderont à venir chercher les lombrics.

Le tas de compost est abandonné pour un an. Son volume se réduit de plus de 50%, la couverture de paille sera partiellement absorbée. Avant de vider à nouveau le carré à compost, on déplacera le tas précédent près du potager. Le compost mûr est friable, de couleur brunâtre et sent bon la terre. Il est prêt à l'emploi pour être épandu sur les parcelles du potager. L'épandage se fait de préférence avant l'hiver. Une partie du compost stocké, couvert d'une couche de paille, sera réservé aux semis et aux plantations de printemps.

Techniques de compostage à une étape

La méthode précitée à deux étapes est celle adoptée avec succès par Joseph Országh depuis de nombreuses années pour le compostage des déjections humaines. L’expérience d’autres maitres-composteurs sera différente, car c’est la pratique qui fait le maître. En outre, les conditions locales de température et de précipitations influeront sur l’expérience de chacun. Il faut composter avec un sens de l’observation, tout en respectant les quatre règles d’or édictées en début de ce chapitre.

L’Américain Joseph Jenkins a quant à lui adopté une méthode à une étape, où le carré à compost est laissé à lui-même pour une durée de 2 ans. Plusieurs ont adopté une approche à deux ou trois bacs à compost distincts dont l’utilisation sera permutée en respectant une rotation des étapes de compostage d’une année à l’autre, soit en une étape (aucun transvidage pendant la durée du compostage, comme Jenkins) ou à deux étapes (transvidage du contenu d’un carré vers un autre, après un an). Voir les images d’installations du genre sur les sites Ec’Eau Logis et Humanure Headquarters.

Le compostage de surface

Ceci est une possible solution lorsqu’on ne peut pas ou lorsqu’on ne veut pas faire du compostage classique. Des personnes âgées ont souvent du mal a vider le carré à compost pour en faire un tas. Manipuler la fourche peut également ne pas être au goût de tous.

Dans ce cas, on désignera chaque année dans le jardin une petite parcelle de quelques mètres carrés pour y déverser le contenu du seau à même la terre en une couche de 15 à 20 cm. Afin de ne pas exposer le voisinage au spectacle des papiers de toilettes usagers, on couvrira ce qu'on a déversé avec un peu de matières végétales: feuilles mortes, tonte de gazon, plantes arrachées, ou en hiver avec un peu de paille. Certains y mettent des cartons d'emballage bien humidifiés. C'est aussi efficace, mais moins esthétique. C'est la façon la plus écologique pour éliminer ce type de déchets. Pendant le processus de « digestion » par le sol, les colorants d'imprimerie s'éliminent intégralement en quelques mois. Il faut prendre soin d'enlever les agrafes métalliques et les feuilles de plastique.

Ce qu'on a déversé stimule d'une manière remarquable la vie du sol. Un grand nombre de lombrics y font leur apparition et transforment nos déjections en humus précieux. C'est d'ailleurs la méthode la plus simple et la plus efficace pour dépolluer les sols des friches industrielles, mais aussi pour régénérer les sols dégradés et stériles (des remblais par exemple). Pour placer les matières récoltées par les entreprises qui louent des TLB pour des chantiers ou des manifestations en plein air, la régénération des friches industrielles est la solution la plus rationnelle. On peut même être payé pour une telle activité, ce qui peut rendre la location des TLB un peu plus rentable.

En quelques années de ce régime,

Grâce à sa toilette à litière, chacun peut donc créer un jardin florissant partout, et cela, sans faire du compostage classique.

La méthode est également utilisable dans les camps scouts en lieu et place des fameux « feuillées » très polluantes. Les effluents des TLB seront donc déversés dans un coin retiré du bois ou du champ, couverts de feuilles mortes ou de végétaux. Afin d'empêcher le passage sur ce déversement, on y mettra par exemple des branchages coupés.

Après un an, les matières déversées auront été «  digérées  », absorbées par le sol qui, grâce à cet apport précieux, devient très fertile. Il suffit de ratisser pour enlever le résidu de la couverture et le sol est prête pour la première production. Ceux qui pratiquent cette méthode, réservent la première année à la production des tomates, soit en y piquant des plantes de tomates, soit en faisant pousser les plantes spontanées. Cette dernière méthode est la préférée de Joseph Országh.

En raison de la température plus élevée en milieu tropical, le compostage de surface y est probablement la meilleure solution. Dans ce cas, on veillera à bien couvrir les matières déversées sur le sol à fertiliser.

Idées reçues sur l'utilisation agricole des déjections humaines

Lors de ses contacts avec le public, Joseph Országh a souvent rencontré l'inquiétude quant aux dangers sanitaires que représente l'utilisation du compost de déjections dans le jardin potager. On accepte pourtant la présence des mêmes bactéries pathogènes dans le fumier d'étable ou du lisier, largement utilisés sur les terres, sans parler de l'épandage courant des gadoues de fosses septiques.

Le grand public ignore souvent, ou ne réalise pas que les légumes proviennent fréquemment de terres ayant été fertilisées avec des gadoues des fosses septiques. Ces gadoues contiennent bien plus de bactéries réputées pathogènes que le compost de déjections. On y a, en plus, les œufs des parasites intestinaux, absents dans le compost [11]. L'épandage des gadoues des fosses septiques est non seulement admis, mais encouragé par la législation, sans que cela ne semble inquiéter les spécialiste de l’épuration. Les fermiers sont souvent des vidangeurs agréés.

[11]
Après 18 mois de compostage aérobie, les œufs des parasites intestinaux disparaissent. Ce qui est loin d'être le cas dans une station d'épuration où les eaux fécales résident quelques heures. Les parasites intestinaux et leurs œufs sont largués dans la nature avec les eaux épurées (pour alimenter les eaux de baignade, y compris la mer) et avec les boues d'épuration épandues sur les terres. En se baignant à la côte, on risque bien plus (s'il y a toutefois de risque…) qu'en prenant son bain dans l'eau de pluie filtrée. Au sujet du danger de contamination bactérienne, les idées reçues ont la vie dure…

Lorsqu'on ne composte pas correctement, l'inquiétude par rapport aux parasites intestinaux [12] est partiellement fondée. C'est la raison pour laquelle, le temps de compostage normal est prolongé d'une année. Pendant la seconde phase du compostage, les œufs des parasites intestinaux finissent par disparaître. Pendant cette phase la masse du compost est, pour ainsi dire, « réticulé » par un réseau de mycélium. Ces champignons microscopiques constituent un véritable antibiotique qui élimine les bactéries pathogènes, mais ils n'apparaissent qu'à la fin de la deuxième année.

[12]
Le véritable danger des parasites intestinaux vient en fait de l'épandage des boues d'épuration sur les terres agricoles. Pour les mêmes raisons, les eaux sortant des stations d'épuration constituent un danger permanent pour les eaux de baignade, y compris sur les plages de la mer, près de l'embouchure des rivières ou de déversement des eaux épurées. Dans les pays à climat sec, où l'on utilise les eaux épurées pour l'irrigation des champs, le parasitisme intestinal devient de ce fait une maladie endémique. Ces dangers disparaissent dès qu'on supprime les W.-C. Les eaux grises épurées ou non ne représentent pas de danger sanitaire. Par la suppression des WC., on économise environ 25% sur la consommation domestique d'eau potable. Cette eau devient alors disponible pour l'irrigation des champs. Malheureusement, les « spécialistes de réputation mondiale » refusent catégoriquement d'entrer dans cette logique de prévention de la pollution.

Il faut également parler du syndrome de l'empereur chinois. On raconte souvent que les empereurs chinois, contrairement à leurs sujets, ne consommaient pas les aliments récoltés sur des terres fertilisées avec des déjections humaines. On cite également le refus des ruminants de manger l'herbe qui pousse sur leurs déjections. La réticence à utiliser les déjections humaines est en fait de nature psychologique et culturelle, de même que la crainte de la contamination bactérienne. Il ne faut pas perdre de vue que:

Il ne fait pas de doute que les déjections non compostées (autant que le lisier, les gadoues de fosses septiques et les boues d'épuration actuellement épandues à grande échelle, ce qui ne semble pas inquiéter les personnes soucieuses d'hygiène) introduisent un grand nombre de germes pathogènes dans le milieu de production de nos aliments. Par contre, l'utilisation du compost de déjections d'une toilette sèche ne présente pas cet inconvénient. La teneur en bactéries pathogènes de ce type de compost est beaucoup plus faible que celle des gadoues des fosses septiques ou du lisier d'élevage. La peur de la manipulation et de l'utilisation des déjections humaines est dépourvue de base objective [13] (même si l'on trouve toujours une justification). Elle est d'origine culturelle et psychologique.

[13]
Cette question a fait l'objet d'une étude épidémiologique – commandée par la Région wallonne – du Dr D'Hoore de l'Université Catholique de Louvain. (Réf.: William D'Hoore, Etude du risque sanitaire du système de toilette à litière biomaîtrisée. Ecole de Santé Publique, UCL, mars 2000). La conclusion de l'étude est formelle: les utilisateurs de la toilette à litière ne présentaient pas plus de maladies liées à la contamination fécale que les autres. On a même observé, sans tirer de conclusions, que le lot de population utilisant la toilette à litière était en meilleure santé que ceux qui utilisent le WC. Si les résultats observés avaient été inversés, on aurait conclu au caractère dangereux de la toilette à litière. Concernant la réglementation sur les toilettes sèches, voir mes réflexions sur les politiques de l’eau à Gérer son eau.

L'utilisation du compost de déjections augmente la capacité de rétention d'eau des terres et, de ce fait, diminue les besoins en eau d'irrigation. Chaque kg de compost qui remplace l'engrais chimique diminue la pollution agricole et aussi les besoins en pesticides.

Il faut insister sur le fait que le processus du compostage commence dans le seau de la TLB. Il n'est donc pas indifférent de ce que l'on met dans ce seau.

Cultiver des tomates sauvages sur le compost de déjections

Dans un compost de fumier, il y a toujours des graines de tomates activées par le passage dans notre tube digestif. C'est aussi la «  volonté  » de la plante qui offre ses fruits aux hommes et aux animaux pour porter les graines le plus loin possible de la plante-mère. Ces graines ne tarderont à lever en grand nombre. On arrachera donc les plantes en trop et on conservera les plantes qui sont bien placées. L'espèce de tomates levées sera déterminée par celles que nous avions mangé l'année précédente. Les tomates hybrides reproduiront les plantes-mères de l'hybridation. On peut qualifier ces plantes de levée spontanée de «  tomates sauvages  » qui seront de petite taille, mais elles seront très savoureuses. On peut s'attendre à une récolte abondante, surtout si l'on ne «  pince  » pas les plantes. On se contentera d'éliminer les branches en trop, laissant un pied buissonnant de grande taille. Il vaut mieux utiliser plusieurs tuteurs pour soutenir les nombreuses grappes de petites tomates.

Ceux qui ont goûté ces tomates spontanées, y prennent goût et ne veulent plus cultiver d'autres. Les tomates aiment rester à la même place. On peut donc leur aménager un emplacement, de préférence au pied d'un mur bien exposé au soleil. Un toit en plastique ondulé est utile pour les protéger des pluies battantes. Les tomates sauvages, ne doivent pas être plantées. De nombreux fruits, il en tombe toujours suffisamment à terre, pour la levée de l'année suivante. On se contentera d'apporter à l'approche de l'hiver du compost de déjections. Les plantes buissonnantes peuvent parfois atteindre plus de 150 cm de haut, donnant un grand nombre de petits fruits en grappes qu'on a même parfois du mal à récolter, à cause de l'encombrement dans le buisson.

Après les tomates, la terre ainsi fertilisée peut servir à d'autres plantations ou de semis.

Donnée importante : aucune plante cultivée sur déjections humaines n'assimile des bactéries réputées pathogènes, ni d'autres bactéries.

La prise des médicaments et le compost des déjections

Qu'en est-il de la qualité du compost lorsqu'on prend des médicaments, notamment des antibiotiques? L'inquiétude concerne la possibilité de retrouver des résidus dans les légumes produits avec le compost, mais aussi l'action des antibiotiques sur la faune bactérienne pendant le compostage.

Il est rare que les membres d'une famille consomment des antibiotiques pendant toute l'année. La prise de ce médicament est temporaire, donc sa quantité sera faible dans l'ensemble du compost, composé aussi par les déchets de cuisine et du jardin.

Résidus de médicaments et le compostage

En 1998, nous avons fait une expérience de compostage intéressant à la Ferme Pilote de l'Institut Agricole de Ath (CARAH). Du lisier venant d'un élevage porcin contenant de grandes quantités d'antibiotiques a servi pour imprégner un lot de déchet broyé de bois, provenant des chantiers de démolition de vieilles maisons. Après quelques jours d'imprégnation, le tas de compost a été édifié. Dans l'échantillon prélevé du tas, une analyse par chromatographie en phase gazeuse a mis en évidence une grande quantité et de diversité de polluants organiques: antibiotiques, colorants, produits d'imprégnation de bois, fongicides, résidus de peinture, etc.

Contrairement aux prédictions, les antibiotiques n'ont absolument pas tué les bactéries responsables du compostage: après quelques jours, la température au cœur du tas de compost était supérieure à 60°C. Après trois mois de compostage une nouvelle analyse a été faite sur le compost. Les polluants de nature organique ont presque disparu: dans le chromatogramme, on ne voyait qu'un « bruit de fond ». La concentration des différents polluants était à la limite de la détection par cette méthode (tout de même sensible).

On a cependant remarqué que les métaux lourds présents au début du compostage restaient dans le compost. Notre projet - dont le financement a été refusé par la Région wallonne, mais aussi par la Communauté Européenne - était de mettre au point une méthode de compostage qui rendrait les métaux lourds présents bio-indisponibles, donc non assimilables par les plantes. Ceci aurait pu être une méthode simple, bon marché et efficace pour la réhabilitation des friches industrielles et des boues de dragage des canaux et des rivières gravement polluées. Les décideurs régionaux et européens ont écarté notre projet sous prétexte que « le compostage n'est pas une nouvelle technologie ». Ils ont préféré financer des projets comme l'enlèvement des terres polluées, leur transport par camion vers un centre de lixiviation avec de l'acide sulfurique concentré, la neutralisation du résidu acide, le lavage à l'eau de la terre lixiviée et sa remise en place (avec un coût très élevé). À la question de savoir ce que l'on comptait faire avec l'acide sulfurique contenant les polluants, on nous a répondu que « ce serait une autre entreprise qui s'en chargerait » (pour le mettre en décharge contrôlée prévue pour des déchets toxiques).

Avant leur usage dans le potager, les déjections sont compostées pendant deux ans. Ce temps est largement suffisant pour éliminer les antibiotiques, mais aussi tous les résidus de médicaments.

Épilogue : suite au découragement dû au refus de financer nos projets, l'expérience réalisée au CARAH n'a finalement pas été publiée. Depuis lors, Joseph Országh a essayé de relancer l'idée de terminer ces expériences (car leur importance est capitale) sans le moindre succès. Néanmoins, le compostage semble être la seule méthode crédible et vraiment efficace pour éliminer les résidus de médicaments des eaux-vannes.

Le compostage en hiver

Selon l'expérience canadienne, la décomposition se poursuit en début d'hiver, mais le processus ralentit et cesse complètement dès que les grands froids se sont installés, surtout dans les bacs de compostage (sans fond) domestiques du marché (de moins de 1 m3). L'activité bactérienne diminue sensiblement lorsque la température ambiante descend sous les -10°C. Ceci s’explique du fait de l’exposition hors sol du carré à compost aux froids hivernaux. Selon l’expérience d’André Leguerrier à Montréal, où la rigueur des hivers dure presque 5 mois (et où le gel atteint une profondeur de plus d’un mètre dans le sol), le compostage en une seule étape des déjections dans un carré à compost hors sol exige un temps de maturation de plus de 2 ans, voire jusqu’à 3 années complètes. Or en appliquant la technique de Joseph Országh par laquelle le contenu du carré à compost est transféré, après un an, dans un tas déposé au sol et recouvert complètement d’une épaisse couche isolante de paille, le compost était mûr à 2 ans. Par ailleurs, les essais d’André Leguerrier ont démontré que les déjections déposées directement sur le sol du jardin (voir le paragraphe sur le compostage de surface) et recouvertes de paille sont complètement absorbées par le sol après un an, nonobstant l’hiver montréalais.

Plus au sud, selon l'expérience de Joseph Jenkins aux USA (Pennsylvanie), un temps de maturation de 2 ans pour le compost (en carré hors sol) s'avère satisfaisant dans sa région, à l’instar de la recommandation en ce sens de Joseph Országh. Jenkins continue d'ajouter ses déchets de cuisine et les effluents de sa TLB au carré à compost tout l'hiver (comme d’ailleurs André Leguerrier au Canada). Jenkins a même observé qu’en certains hivers moins rigoureux, le coeur de son carré a compost n’a pas gelé de tout l’hiver. À noter cependant que le carré à compost de Jenkins mesure plus de 2 m3, ce qui lui confère une plus grande capacité de résistance aux froids d’hiver.

Les hivers en Hongrie, à climat continental, peuvent également être durs. Suivant certaines expériences hongroises, lorsque le volume du compost dépasse les 2 m³, l'intérieur du tas ne gèle pas, même par -20°C pendant des semaines. Par ailleurs, dans le cas du compostage à grande échelle ou de type industriel, la température interne du tas, puisque de grande dimension, demeure constante, peu importe la température extérieure.

De façon générale, pour le compostage en petit volume, l'hiver est davantage une saison d'entreposage. Au dégel du printemps, le compost reviendra à la vie avec d'autant plus de vigueur que la matière aura été rendue plus friable par les périodes de gel et de dégel. Signalons que le compostage hivernal impose certaines tâches inhérentes aux régions enneigées: le déneigement d'un passage entre la maison et le carré à compost, ainsi que du carré lui-même. Comme il faut aussi prendre soin de recouvrir le carré d'une couche de litière après usage (par exemple du foin ou de la paille), même en hiver, il faut donc disposer d'un emplacement protégé pour le remisage à sec de ladite litière, à proximité du carré à compost.

En conclusion, dans les régions confrontées à des hivers rigoureux, la durée du compostage dépendra de la technique utilisée. Pour ceux qui ne compostent qu’en une étape sans passer par l’édification d’un tas de compost recouvert d’une couche isolante de paille, et là où les hivers sont des plus sévères, la durée de compostage devra vraisemblablement s'étendre au-delà de 2 ans pour permettre au compost d'atteindre sa pleine maturité. Cependant, le compostage de surface ne semble pas affecté par l’hiver.

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