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Assainissement Ecologique
Assainissement écologique et EAUTARCIE

Erreurs de la science du génie sanitaire

Les six principes de SAINECO

Eléments de l'assainissement écologique

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Le concept de l'EAUTARCIE est une des formulations possibles de l'assainissement écologique, avec une particularité : au lieu de faire l'inventaire des problèmes, remonter aux sources de ceux-ci et de proposer des solutions efficaces, simples et bon marché. L'autre particularité consiste en une démarche holistique tenant compte de nombreux aspects des impacts environnementaux. Afin de distinguer de la notion l'ECOSAN (ecological sanitation), très à la mode, mais sans principes de base définis, nous avons jugé utile de lui donner le nom de SAINECO qui est l'abréviation de l'asSAINissement ECOlogique.

Dans ce chapitre, nous comparons la définition de l'assainissement durable suivant le principes de SAINECO, et celle donnée par la science officielle, admise par la plupart des organismes de défense de l'environnement. Un des critères est l'insertion des activités domestiques touchant l'eau dans les grands cycles naturels, ceux de l'eau, du carbone de l'azote et du phosphore.

Pour écouter des extraits de l'interview avec Joseph Országh, dans le cadre d'une émission radio Babylon intitulée «Le caca c'est pas de la Merde!», documentaire de Jonas Pool, réalisé par Jean-Philippe Zwahlen, et diffusée sur la Radio Suisse Romande le 16 septembre 2010, cliquez ici.

Première publication du texte de la présente page sur www.eautarcie.com : avril 2008

Adaptation du texte original et première publication de la présente page sur www.eautarcie.org : 2009-08-31

Mise à jour : 2014-10-03


Assainissement écologique et EAUTARCIE

« ECOSAN » = assainissement écologique ?

L'assainissement écologique est souvent assimilé à son abréviation du terme anglais ECOSAN (ecological sanitation) un terme très à la mode actuellement. Une notion «fourre-tout» où de nombreuses préoccupations trouvent leur expression, sans fil conducteur. Afin de distinguer une démarche qui suit les grands principes de la gestion durable de l'eau, d'une autre qui ne le fait pas, nous tenons à faire la distinction entre ECOSAN sans principes énoncés, et « Assainissement écologique » ou en abréviation SAINECO qui obéit aux principes définis dans les pages qui suivent.

Dans la majorité de cas, les adeptes du système ECOSAN proposent des options et techniques dont la pertinence peut être mise en doute:

Des économies d'eau

Presque toutes les démarches suggérées par les instances officielles et aussi par les environnementalistes tournent autour de la notion «d'économie d'eau». On culpabilise le public de consommer trop d'eau, alors que dans la consommation mondiale, le secteur domestique n'entre que pour un peu plus de 10%. En réalité, ces économies n'ont un sens que dans la mesure où l'on dépend intégralement du réseau public de distribution. Dès le moment où les concepts de SAINECO sont appliqués, la situation est complètement différente. L'application de son sixième principe est susceptible de supprimer la majorité de problèmes liés au manque d'eau, du moins au niveau des ménages.

La réduction de la pollution par l'usage des produits plus respectueux de l'environnement

L'utilisation des produits de ménage plus respectueux de l'environnement n'ont réellement un sens que dans la mesure où l'on rejette les eaux usées dans l'égout ou dans un système d'épuration classique. Dès le moment où les deux premiers principes de SAINECO sont appliqués, les impacts environnementaux doivent être ré-évalués. Actuellement, toutes les études concernant les nuisances des produits utilisés dans les ménages ont été menées avec l'hypothèse de rejeter les eaux usées mélangées dans l'égout, en vue d'une épuration. In fine, les eaux épurées, dans l'écrasante majorité des cas, arrivent dans les eaux de surface naturelles où, de toute évidence, les résidus des produits de ménage ayant échappé à l'épuration, causent de problèmes aussi bien au niveau de la vie aquatique qu'à celui de la qualité des eaux de distribution.

En vertu du cinquième principe du système SAINECO, les eaux épurées ne devraient être déversées dans une rivière que dans des situations tout à fait exceptionnelles. Dès le moment où le traitement sélectif des différents types d'eaux usées sont d'application, les impacts des produits du ménage sont de nature différents et doivent être ré-évalués.

A titre d'exemple, le traitement sélectif correct des eaux grises et leur infiltration dans le sol annule les différences entre les produits dits « écologiques » et les autres. On aura donc recours à ces produits non pas pour réduire la pollution domestique, mais uniquement pour atténuer la pression sur l'environnement par leur fabrication. Sans une taxation de ces produits calculée par rapport aux nuisances générées à la fabrication, la protection de l'environnement dépend uniquement des motivations de l'usager. Celui-ci a actuellement le choix entre des produits bon marché mais polluants à la fabrication, et des produits chers mais plus respectueux de l'environnement. Comme dans bien de cas, la législation constitue le point de départ pour un comportement plus raisonnable du public. Malheureusement, la législation actuelle partout dans le monde, n'encourage pas dans les faits, la responsabilité du consommateur.

L'utilisation de l'eau de pluie pour arroser le jardin, pour les nettoyages et pour la chasse des W.-C.

Compte tenu des faits analytiques et de l'expérience de centaines de milliers de ménages, l'utilisation de l'eau de pluie pour les usages préconisés (W.-C., arrosage, etc.) constitue une sorte de gâchis, avec des impacts favorables très limités. Dans le système PLUVALOR, relevant de l'application du troisième et du sixième principe de SAINECO, on réservera l'eau de pluie en toute première priorité à la boisson, à l'alimentation et à l'hygiène personnelle. L'objectif principal n'est pas l'économie d'eau de distribution, mais la sauvegarde de la santé de la famille par la consommation et l'usage de l'eau chimiquement non traitée. Les tenants du système ECOSAN, en agitant le spectre de contamination bactérienne, ne veulent pas en entendre parler.

Des solutions techniques pour utiliser l'eau des douches et des bains et dans la chasse des W.-C.

L'utilisation de l'eau des douches et des bains dans les chasses des W.-C. pose une série de problèmes techniques dont la solution entraîne des frais pour un résultat environnemental minime et discutable. Compte tenu de ces difficultés, et l'existence des solutions alternatives bien plus intéressantes, on se demande si l'enjeu en vaut la chandelle.

L'épuration des eaux par des plantes

L'épuration par les plantes des eaux grises et des eaux-vannes mélangées obéit aux mêmes (mauvais) principes que l'épuration classique, à savoir : épurer pour protéger l'environnement. En vertu du deuxième principe de SAINECO, plus on épure les eaux-vannes, plus on pollue et plus on détruit l'environnement. Dès le moment où les eaux grises sont séparées des eaux-vannes, et traitées suivant les principes de SAINECO, l'épuration sélective des eaux grises par les plantes ne peut être justifiée que dans des cas particuliers. Il est aisé de montrer que d'une manière générale, l'épuration par les plantes est une nuisance et un gâchis environnemental.

L'utilisation des toilettes sèches

Les différentes toilettes sèches proposées par ECOSAN ont des impacts environnementaux très différents. Certaines sont plus polluantes que les W.-C. à chasse. A titre d'exemple, on peut montrer que les toilettes sèches à séparation d'urine ont un impact plus conséquent que celui des W.-C. à chasse dont les effluents sont traités suivant le deuxième principe de SAINECO. Les environnementalistes qui suivent les principes d'ECOSAN préconisent le placement de n'importe quelles toilettes sèches ou latrines, sans tenir compte des impacts environnementaux. Pour eux, l'impact environnemental des toilettes sèches se réduit à l'économie d'eau, alors que celle-ci n'en constitue qu'un aspect tout à fait mineur. Les impacts environnementaux réels des toilettes à séparation ne peuvent être compris qu'en admettant le fait que pour le maintien à long terme de la production agricole, il faut aussi appliquer le troisième principe de SAINECO qui accorde une importance aux structures moléculaires dans lesquelles l'azote et le phosphore sont présents dans le sol. Lorsqu'on reste attardé aux concepts dépassés du système agricole N-P-K, on ne comprend pas l'importance de la vie du sol et les relations symbiotiques qui existent entre les plantes et la pédofaune (la faune du sol). Par exemple : lorsqu'on irrigue le jardin avec de l'urine issue d'une toilette sèche à séparation, on «brûle» l'humus du sol et on pollue l'environnement, comme avec le lisier d'élevage.

La différence entre ECOSAN et SAINECO

Sustainable Sanitation Alliance (SuSanA) – ou l’application de l’ECOSAN

Le Sustainable Sanitation Alliance (SuSanA) constitue un cas d'école de l'application de l'ECOSAN. Pour comprendre les priorités de cette démarche, il est instructif d'analyser sa définition de l'assainissement durable (voir aussi notre page http://www.eautarcie.org/04a.html#a):

«Le principal objectif d'un système d'assainissement est de protéger et de promouvoir la santé humaine en favorisant les conditions pour créer un environnement sain et pour interrompre le cycle des maladies. Pour qu'un système d'assainissement soit durable, il doit être non seulement économiquement viable, socialement acceptable, techniquement et institutionnellement approprié, mais il doit aussi protéger l'environnement et les ressources naturelles.»

«L'objectif principal» est donc la protection de la santé. La protection de l'environnement vient en tout dernier lieu. On parle «d'interrompre le cycle des maladies». Une des différences entre cette position et celle de SAINECO est que pour ce dernier, l'objectif principal n'est plus la protection de la santé, mais la reconduction des déjections humaines et animales dans les processus de formation de l'humus pour le sol. Les faits montrent que la protection de la santé vient automatiquement, dès que cette condition est remplie. A contrario, lorsqu'on donne la priorité à la « protection de la santé », on risque de passer à côté des aspects essentiels de la sauvegarde de la biosphère. Du moins c'est ce que les faits montrent, lorsqu'on analyse les techniques préconisées par SuSanA. Nous avons du mal à comprendre la notion du «cycle des maladies». Dans leur majorité, celles-ci sont plus la conséquence de la faiblesse généralisée du système immunitaire des populations concernées que des facteurs extérieurs. Ici aussi, à notre avis, il faudrait inverser les priorités : au lieu de lutter contre les micro-organismes réputés pathogènes, il faudrait développer des actions pour renforcer le système immunitaire des populations concernées. Dès lors les maladies ne sont plus «cycliques».

En ce sens donc, la notion de «cycle de maladies» est dépourvue de signification. Il en est de même en ce qui concerne l'affirmation, suivant laquelle «nous buvons 90% de nos maladies». Ces notions sont surtout mises en avant dans les pays en voie de développement où les conditions sanitaires sont déplorables. On ne semble pas réaliser que ces conditions ne constituent pas une fatalité, et leur amélioration ne passe pas nécessairement par les techniques préconisées par ECOSAN, à savoir : placement des adductions d'eau, latrines, toilettes à séparation, égouts, stations d'épuration, etc. Ces techniques, surtout les adductions et l'épuration collective, n'obéissent même pas à la définition de SuSanA qui préconise la «viabilité économique». Elles n'obéissent qu'à une chose : elles sont «institutionnellement appropriées». C'est à ce niveau qu'apparaît l'orthodoxie de la démarche. Les techniques proposées doivent répondre aux exigences de la législation en vigueur. On ne semble pas se rendre compte que partout dans le monde, les lois en vigueur sur la gestion de l'eau ne défendent pas l’environnement, mais uniquement le marché des multinationales de l'eau. La protection de l'environnement n'est ici qu'un prétexte pour gagner de l'argent.

Les conditions d'hygiène déplorables dans les pays pauvres peuvent être résorbées avec des moyens simples et bon marché, sans mobiliser des capitaux importants. Dès qu'on applique les six principes de SAINECO, l'assainissement réellement durable est à la portée des pays et des populations les plus pauvres, avec des investissement tout à fait dérisoires par rapport à ceux préconisés par des experts internationaux de l'eau. Tant qu'on les écoute, il est à craindre que le virage vers un assainissement durable n'ait pas lieu de si tôt... Le premier pas décisif dans la nouvelle direction consisterait à incorporer dans la législation les principes de SAINECO, car la législation actuelle écarte ou interdit les techniques de prévention des problèmes à la source. Par ailleurs, celle-ci pourrait être simplifiée, en précisant que « tout système pour le traitement des eaux usées est autorisé, pour autant qu'il remplit les conditions imposées par les cinq premier principes de SAINECO ».

Il est assez significatif de constater que dans la définition de l'assainissement durable suivant SuSanA, «la protection de l'environnement et des ressources» ne vient qu'en tout dernier lieu. Pour SAINECO, c'est la préoccupation prioritaire : il y a donc renversement des priorités. La protection réellement efficace de la santé et du bien-être de la population ne viennent qu'en prime et automatiquement. Ce fait est bien illustré par l'exemple de l'assainissement d'une ville au Congo.

Assainissement ECOSAN vs. SAINECO à Lubumbashi (Congo)

Une expérience faite au Congo dans la ville de Lubumbashi, au début des années 1990, est un exemple d'application simultanée de deux concepts sur l'assainissement. Elle nous a été relatée par un prêtre congolais résidant en Belgique. A notre connaissance, elle n’a jamais été publiée. Nous n’avons pu par nous-mêmes vérifier ni les détails, ni l’étendue de cette action. La description qui suit est donc simplement une indication susceptible de nous éclairer.

Pas d’égouts pour Tabazaïre

Grâce à une aide internationale, les égouts – datant de l’époque coloniale – ont été remplacés et étendus à toute la ville (environ 600.000 habitants). C’est vers la fin des travaux qu’on s’est aperçu que, soit pour cause de sous-évaluation des coûts, soit pour une autre raison, il n’y avait pas assez d’argent pour équiper d’égouts un des quartiers de la ville, le quartier dit «Tabazaïre» (aujourd’hui dénommé «Tabacongo»). Donc, ce quartier de 40.000 habitants est resté «dit insalubre».

Une campagne d'information pour un assainissement alternatif

Les pères salésiens de Don Bosco dont la Mission était près de ce quartier ont alors pris les choses en mains. Ils avaient connaissance des travaux de Joseph Országh sur les toilettes à litière biomaîtrisée (TLB).

Dans un premier temps, ils ont organisé une campagne d’information auprès de la population concernée, sur les dangers sanitaires que représentent l’écoulement des eaux issues des W.-C. et des latrines à travers les rues. Pendant cette campagne, le public était invité à voir et essayer à la Mission les TLB installées. Le but était de montrer que :

Les premiers essais

L'étape suivante était le placement gratuit de ces toilettes auprès de quelques dizaines de familles volontaires, pour les tester dans des conditions réelles. C’était l’occasion de finaliser les plans pour la fabrication en série de ces toilettes dans les ateliers-école de la Mission. Il s’agissait de toilettes prévues pour familles nombreuses, avec un réservoir de 50 litres. Les réservoirs ont été offerts par la société minière Gécamines installée près de la ville. En fait, il s’agissait de fûts en plastique, de récupération, munis de couvercles étanches ayant servi pour la livraison de produits chimiques utilisés dans l’usine.

Parallèlement, des pères missionnaires suivaient de près l’expérience des familles ayant reçu une TLB. Grâce à ce suivi, ils pouvaient affiner l’information à diffuser lors de la seconde campagne en faveur du placement de ces toilettes. Un des arguments pour encourager à remplacer le W-C par la TLB était la réduction de la facture d’eau.

La fabrication en série des TLB

La campagne d’assainissement «alternatif», sans viser ce but, a fini par créer beaucoup d’emplois valorisants. En effet, la fabrication en série des toilettes a mobilisé de la main d’œuvre à l’atelier. Pour la fourniture de ces toilettes, on a demandé aux intéressés une contribution financière. L’extension de l’aire de compostage et celle de la superficie du terrain de maraîchage près de la Mission a aussi mobilisé de la main d’œuvre locale.

Une bonne partie des familles a ainsi abandonné son W-C au profit de la nouvelle toilette. Grâce à l’aide (presque) bénévole des jeunes du quartier, des milliers de TLB ont été installées. Une partie à l’intérieur des maisons, mais beaucoup ont finalement été installées dans une cabane située au jardin familial. Il semblerait que les quelques familles de Musulmans auraient placé, près de leur TLB, dans la cabane, un petit bassin rempli d’eau pour les ablutions rituelles.

Encouragés par les infirmières du dispensaire médical du quartier, même quelques familles chrétiennes s’en sont inspirées pour améliorer l’hygiène. Un bassin lave-main a ainsi été placé près de la toilette, avec un arrosoir (sans pommeau) rempli d’eau, placé sur un tabouret en hauteur. Le dispositif servait à remplir le bassin pour se laver les mains.

Il a donc fallu organiser la fabrication et la fourniture de la litière. Celle-ci a été fabriquée à la Mission en utilisant comme matière première : des hautes herbes coupées et hachées, de la sciure et des copeaux de l’atelier de menuiserie, mais aussi des cartons d’emballage (rapportés par des gamins du quartier, contre un «salaire» modeste) récupérés de la décharge publique et déchiquetés. Même des industriels locaux ont contribué à la fabrication de la litière, en fournissant de déchets de noix de coco et ceux issus du nettoyage des grains de coton (pour faire de l’huile). Il a fallu fournir en moyenne un sac de 50 litres de litière par semaine à chaque famille.

Le ramassage sélectif du fumier humain

Le ramassage des fûts remplis de fumier humain était assuré par des équipes de jeunes qui, au départ de la Mission, poussaient des charrettes à deux roues chargées de sacs de litière et de fûts vides et propres. Ils revenaient sur l’aire de compostage avec un chargement de fûts remplis et de sacs à litière vide.

On ramassait une grande quantité de fumier humain dont le compostage mobilisait aussi de la main d’œuvre. Avant le compostage, aux effluents des toilettes, on ajoutait encore de déchets agricoles et ceux venant du maraîchage. Outre la fertilisation du jardin de maraîchage de la Mission, on vendait du compost aux autres familles vivant de la production vivrière pour le marché local. Les légumes produits sur place et vendus dans le commerce, ont fini par couvrir une bonne partie des besoins de la ville. L’argent récolté par la vente du compost et des légumes servait à rémunérer les équipes de ramassage des effluents des TLB et ceux qui travaillaient au centre de compostage et de préparation de la litière.

Un assainissement pas comme les autres

Le quartier Tabazaïre n’a donc pas eu d’égouts. Afin de canaliser un tant soit peu les eaux de ruissellement dans lesquelles des eaux-vannes n’arrivaient plus (ou très peu, grâce aux TLB), on mobilisait les jeunes du quartier pour réparer et aménager les caniveaux déjà existants dans les rues. En saison sèche, les familles ont été encouragées à utiliser les eaux savonneuses du ménage pour irriguer les plantes du jardin. Sur presque toute leur longueur, les caniveaux étaient à sec ; ils ne fonctionnaient qu’en saison de pluies. Ainsi, les eaux de précipitations mélangées avec les eaux savonneuses étaient conduites hors du quartier. Les caniveaux ont vite été colonisés par une végétation dense qui était même un élément filtrant et décoratif, dans un quartier où il n’y avait même pas de trottoirs, de routes hors poussière et boue. On a relevé le fait que l’eau drainée sortant hors du quartier était déjà claire. On n’en a jamais fait l’analyse. C’est dommage, car en l’absence quasi totale d’eaux-vannes, ces eaux ne devaient pas contenir trop de pollution, ni par les nitrates ni par des phosphates. Il aurait aussi été intéressant d’analyser cette eau au point de vue bactérien.

Les épidémies de choléra

Pendant les trois années qui ont suivi l’installation de ce système, deux épidémies de choléra ont traversé la ville de Lubumbashi, faisant de nombreuses victimes, surtout auprès des enfants.

Les experts de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) présents, ont remarqué que le quartier Tabazaïre était relativement bien épargné des épidémies en dépit de son caractère qualifié « d’insalubre » à cause de l’absence d’égouts. Ils n’y comprenaient rien. Pourtant, le fait est facile à comprendre. En région tropicale, il n’y a pas d’égout urbain capable d’avaler intégralement les averses diluviennes qui peuvent s’abattre à certains jours sur la ville en saison de pluies. Pendant des heures les égouts débordent, déversent leurs eaux (fécales) à la rue où les enfants jouent. Au quartier Tabazaïre, aux mêmes moments, l’eau coulait aussi dans les caniveaux, parfois débordait même sur la rue, mais quasiment sans eaux-vannes. Lorsqu’on utilise les TLB, on n'en produit pas. Les déjections humaines se trouvent dans les réservoirs des TLB en attendant leur évacuation vers l’aire de compostage.

Un quartier périurbain qui ne pollue plus les eaux...

Le calcul économique, pourtant primordial, n'a jamais été fait pour un tel assainissement. On peut cependant avancer des estimations.

Une TLB , même en version décorative et luxueuse, ne coûte pas plus cher qu’une cuvette de W-C munie d’une chasse d’eau. Seulement, pour la première, il ne faut pas d'eau courante, de tuyau d’évacuation, ni d’égout, ni de station d’épuration...

L'argent épargné grâce au non placement de ces équipements coûteux peut servir à aménager des trottoirs hors boue et poussière, et même une piste cyclable. Les enfants iraient à l’école avec leur roller, planche à roulette ou vélo (vous avez dit : mobilité urbaine durable ?).

Pour récolter les eaux de ruissellement, il est moins cher de placer des caniveaux stabilisés (N.B. la photo présentée n'a pas été prise à Lubumbashi) avec des éléments de béton ajourés, que des égouts. Ces caniveaux ne doivent pas être étanches. Au contraire, ils doivent disperser les eaux (parfois savonneuses) dans le sol. On peut même les couvrir avec des plaques de béton ajourées.

Les eaux récoltées peuvent être conduites dans une zone humide hors de la ville. En l’absence d’eaux-vannes les eaux, même savonneuses, sous l’effet de la lumière du jour et de l’air, clarifient spontanément. Les eaux grises d’un quartier périurbain peuvent ainsi être épurées à bon compte avant d’être déversées dans la rivière la plus proche.

Les résidus de médicaments contenus dans les déjections, sont pratiquement décomposés par le compostage. La pollution des eaux par les habitations disparaît tout simplement, sans investissements importants.

Les philosophies d’approche – ECOSAN vs. SAINECO

La philosophie anthropocentrique

Sans que ses adeptes s'en rendent compte, ECOSAN relève d'une philosophie anthropocentrique où l'homme, «dominant la nature» est au centre de l'univers et des préoccupations. L'assainissement est avant tout au service du confort mental et intellectuel de l'homme. Le plus important est la «sauvegarde de la santé» de l'homme en tant que personne. Lorsqu'on applique ECOSAN, la santé des écosystèmes qui font vivre l'homme et tous les autres être vivants, vient seulement après... bien après.

Ce n'est pas une thèse intellectuelle, mais un fait tangible. L'agriculture chimique avec ses engrais de synthèse, ses pesticides, et son mépris pour la vie du sol est une des plus belle manifestations de cette philosophie. Il y en a beaucoup d'autres, bien connues du public... Ce n'est un secret pour personne que l'homme a déjà détruit une grande partie de la biosphère, mais il est aussi en train de faire disparaître des milliers d'espèces vivants. Le discours officiel sur la «biodiversité» reste creux et sans effets tangibles, tant qu'on s'entête à s'inspirer de la philosophie anthropocentrique. Ce qui est plus inquiétant, est l'importance qu'on accorde à l'économie ou plus exactement à l'argent, d'où la préoccupation économique prioritaire des démarches comme celles de «Blue Economy». Ce n'est pas un hasard qu'un tel concept ait tant de succès. Si la démarche en question permet aussi de ménager un peu l'environnement, tant mieux, car cela donne bonne conscience, mais le plus important est la rentabilité économique qui doit passer avant tout.

Le confort offert par les W.-C., les toilettes à séparation, les égouts et les conduits d'eau potable doit satisfaire le mental de l'homme avec ses traditions, ses croyances et sa capacité «d'acceptation sociale» (Cf. définition de SuSanA).

Le Gaïa ou la philosophie biocentrique

Dans l'approche de SAINECO l'homme fait tout simplement partie de la biosphère, au même titre que toutes les espèces qui vivent sur notre planète. La gorille, l'hippopotame, le crocodile, la panda, l'éléphant, le tigre, les baleines, les abeilles, et même les soi-disant «nuisibles» et tous les autres êtres vivants ont droit à un espace vital pour couvrir leurs besoins et assurer leur bien-être. Certains appellent cette approche de «l'hypothèse Gaïa ou biogéochimique». Moi, personnellement je l'appellerais tout simplement biocentrique, car c'est l'ensemble des êtres vivants, la vie (bios) qui y est au centre des préoccupations.

Dès lors, on comprend que le but premier de SAINECO n'est plus «la sauvegarde de la santé de l'homme», mais celle de toute la biosphère. Dans une biosphère saine, l'homme l'est aussi par la force des choses. La réparation des dégâts faits par l'approche anthropocentrique passe par l'abandon du système de tout à l'égout (le fleuron de cette approche), et du principe même de l'épuration (y compris avec les plantes!). Parallèlement, il faut restaurer la liaison entre le traitement des eaux usées et la production alimentaire mondiale. Pour l'humanité et pour la planète, il n'y a pas d'autre chemin vers un monde viable et durable.

L'idée de base de l’assainissement durable – ou SAINECO

L'idée-force de SAINECO est l'intégration des interdépendances entre la gestion de l'eau, celle de la biomasse animale et végétale et leurs influences sur les changements climatiques. Grâce à la reconnaissance de ces interdépendances, on peut, dès à présent, proposer un programme mondial pour sortir l'humanité, en moins de 50 ans, de ses problèmes alimentaires et de ses problèmes d'eau, par la régénération des écosystèmes dégradés. Ce programme (beaucoup moins onéreux que les propositions actuelles pour résoudre uniquement les problèmes d’assainissement des villes dans le monde), aurait des impacts susceptibles de ralentir les changements climatiques, voire les arrêter (avec une démarche parallèle de réduction de la consommation d'énergie).

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